Categorie : 'Histoire du soir'



Histoire du soir : La petite étoile curieuse

Publié le Mercredi 1 juillet 2009 à 6:30 - par Phil B.

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Sais-tu qui est la maman la plus occupée au monde? C’est la Lune, bien sûr, avec toutes ses petites filles les étoiles ! Elle en a tellement qu’elle n’arrive pas à les compter ! Et chaque nuit, elle les emmène prendre l’air dans les grands jardins du ciel. Quelquefois, elle ne prend que les plus grandes, les autres restent à la maison. Mais quand la famille est au complet, pauvre Lune, elle en a du travail, pour surveiller tout ce monde !

Il y avait une fois une étoile, si petite que personne n’avait jamais songé à lui donner un nom. Une toute petite étoile, mais qui avait un grand défaut: elle était curieuse !
Elle ne pensait qu’à s’échapper pour voir ce qui se passait à droite et à gauche. La Lune était toujours obligée de la rattraper.

- Mais non ! disait-elle. Il faut suivre le mouvement ! Les étoiles ne doivent pas vagabonder ! C’est absolument défendu !
- Pourquoi? demandait la petite étoile.
- Parce qu’autrement, ce serait le tohu- bohu, le monde à l’envers ! Et que ferais-tu, si tu rencontrais un ogre ?

C’est qu’il y a des ogres, dans le ciel ! On les appelle des trous noirs, et ils avalent tout ce qui passe à la portée de leur énorme bouche ! Non, bien sûr que non ! Elle n’avait pas envie d’être engloutie par un ogre ! Mais ce n’est pas une vie, pour une petite étoile curieuse, de ne jamais pouvoir partir à l’aventure sur les chemins du ciel !

Alors, elle a commencé à regarder vers la terre, et elle y a vu des choses extraordinaires !

Il y avait des écoles maternelles, sur la terre ! Et des enfants qui jouaient dans la cour avec des patins à roulettes et des vélos !
Il y avait des marchés, sur la terre, avec des étoffes chatoyantes et plein de gens qui allaient où ils voulaient !

- Maman ! je veux habiter sur la terre !
- Mais c’est absolument défendu ! protestait la Lune. Autrement, ce serait le tohu-bohu,le monde à l’envers ! Et d’abord, ne te penche pas comme ça au balcon, sinon tu vas tomber et tu seras réduite en poussière !

Il y avait des fêtes foraines, sur la terre ! Avec de la musique, des manèges, des loteries, des sucettes longues comme ça !

Et un jour, il y a eu quelque chose de plus beau que tout ce qu’elle avait vu jusque là : un concours de cerfs-volants pour des enfants sur une plage. Des cerf-volants en forme de dragon, d’oiseau géant, de papillon, de coccinelle. Et ça volait, et ça montait, et ça descendait, et ça miroitait ! Et la petite étoile était si passionnée par le spectacle, qu’elle s’est tellement penchée, qu’elle a basculé par-dessus la rambarde du balcon.

Elle tombait, elle tombait, elle tombait, et elle se disait :

- Cette fois, c’est fini ! Ma dernière heure est arrivée ! je vais être réduite en poussière !

Eh ! bien, non, figurez-vous ! Elle a plongé dans l’océan ! Ca a fait un énorme plouf ! L’eau a rejailli jusqu’aux nuages ! Et c’est depuis ce temps qu’il y a des étoiles de mer !


Histoire du soir : Le petit Poucet

Publié le Samedi 16 mai 2009 à 19:30 - par Phil B.

Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants, tous garçons ; l’aîné n’avait que dix ans, et le plus jeune n’en avait que sept. On s’étonnera que le bûcheron ait eu tant d’enfants en si peu de temps ; mais c’est que sa femme allait vite en besogne, et n’en avait pas moins de deux à la fois.

Ils étaient fort pauvres, et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu’aucun d’eux ne pouvait encore gagner sa vie. Ce qui les chagrinait encore, c’est que le plus jeune était fort délicat et ne disait mot : prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. Il était fort petit, et, quand il vint au monde, il n’était guère plus gros que le pouce, ce qui fit qu’on l’appela le petit Poucet.

Ce pauvre enfant était le souffre-douleur de la maison, et on lui donnait toujours tort. Cependant il était le plus fin et le plus avisé de tous ses frères, et, s’il parlait peu, il écoutait beaucoup.

Il vint une année très fâcheuse, et la famine fut si grande que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfants. Un soir que ces enfants étaient couchés, et que le bûcheron était auprès du feu avec sa femme, il lui dit, le coeur serré de douleur :

- Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants ; je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux, et je suis résolu de les mener perdre demain au bois, ce qui sera bien aisé, car, tandis qu’ils s’amuseront à fagoter, nous n’avons qu’à nous enfuir sans qu’ils nous voient.
- Ah ! s’écria la bûcheronne, pourrais-tu toi-même mener perdre tes enfants ?

Son mari avait beau lui représenter leur grande pauvreté, elle ne pouvait y consentir; elle était pauvre, mais elle était leur mère.

Cependant, ayant considéré quelle douleur ce lui serait de les voir mourir de faim, elle y consentit, et alla se coucher en pleurant.

Le petit Poucet ouït tout ce qu’ils dirent, car ayant entendu, de dedans son lit, qu’ils parlaient d’affaires, il s’était levé doucement et s’était glissé sous l’escabelle de son père, pour les écouter sans être vu. Il alla se recoucher et ne dormit point du reste de la nuit, songeant à ce qu’il avait à faire. Il se leva de bon matin, et alla au bord d’un ruisseau, où il emplit ses poches de petits cailloux blancs, et ensuite revint à la maison. On partit, et le petit Poucet ne découvrit rien de tout ce qu’il savait à ses frères.

Ils allèrent dans une forêt fort épaisse, où à dix pas de distance, on ne se voyait pas l’un l’autre. Le bûcheron se mit à couper du bois, et ses enfants à ramasser des broutilles pour faire des fagots. Le père et la mère, les voyant occupés à travailler, s’éloignèrent d’eux insensiblement, et puis s’enfuirent tout à coup par un petit sentier détourné.

Lorsque ces enfants se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toute leur force. Le petit Poucet les laissait crier, sachant bien par où il reviendrait à la maison, car en marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu’il avait dans ses poches. Il leur dit donc :

« Ne craignez point, mes frères ; mon père et ma mère nous ont laissés ici, mais je vous ramènerai bien au logis : suivez-moi seulement. »

Ils le suivirent, et il les mena jusqu’à leur maison, par le même chemin qu’ils étaient venus dans la forêt. Ils n’osèrent d’abord entrer, mais ils se mirent tous contre la porte, pour écouter ce que disaient leur père et leur mère.

Dans le moment que le bûcheron et la bûcheronne arrivèrent chez eux, le seigneur du village leur envoya dix écus, qu’il leur devait il y avait longtemps, et dont ils n’espéraient plus rien. Cela leur redonna la vie, car les pauvres gens mouraient de faim. Le bûcheron envoya sur l’heure sa femme à la boucherie. Comme il y avait longtemps qu’elle n’avait mangé, elle acheta trois fois plus de viande qu’il n’en fallait pour le souper de deux personnes. Lorsqu’ils furent rassasiés, la bûcheronne dit :

« Hélas ! où sont maintenant nos pauvres enfants ? Ils feraient bonne chère de ce qui nous reste là. Mais aussi, Guillaume, c’est toi qui les as voulu perdre ; j’avais bien dit que nous nous en repentirions. Que font-ils maintenant dans cette forêt ? Hélas ! mon Dieu, les loups les ont peut-être déjà mangés ! Tu es bien inhumain d’avoir perdu ainsi tes enfants ! »

Le bûcheron s’impatienta à la fin ; car elle redit plus de vingt fois qu’ils s’en repentiraient, et qu’elle l’avait bien dit. Il la menaça de la battre si elle ne se taisait. Ce n’est pas que le bûcheron ne fût peut-être encore plus fâché que sa femme, mais c’est qu’elle lui rompait la tête, et qu’il était de l’humeur de beaucoup d’autres gens, qui aiment fort les femmes qui disent bien, mais qui trouvent très importunes celles qui ont toujours bien dit.

La bûcheronne était tout en pleurs :

« Hélas ! où sont maintenant mes enfants, mes pauvres enfants ! »

Elle le dit une fois si haut, que les enfants, qui étaient à la porte, l’ayant entendue, se mirent à crier tous ensemble:

« Nous voilà ! nous voilà ! »

Elle courut vite leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant :

« Que je suis aise de vous revoir, mes chers enfants ! Vous êtes bien las, et vous avez bien faim ; et toi, Pierrot, comme te voilà crotté, viens que je te débarbouille. »

Ce Pierrot était son fils aîné, qu’elle aimait plus que tous les autres, parce qu’il était un peu rousseau, et qu’elle était un peu rousse.

Ils se mirent à table, et mangèrent d’un appétit qui faisait plaisir au père et à la mère, à qui ils racontaient la peur qu’ils avaient eue dans la forêt, en parlant presque toujours tous ensemble. Ces bonnes gens étaient ravis de revoir leurs enfants avec eux, et cette joie dura tant que les dix écus durèrent. Mais, lorsque l’argent fut dépensé, ils retombèrent dans leur premier chagrin, et résolurent de les perdre encore ; et, pour ne pas manquer leur coup, de les mener bien plus loin que la première fois.

Ils ne purent parler de cela si secrètement qu’ils ne fussent entendus par le petit Poucet, qui fit son compte de sortir d’affaire comme il avait déjà fait ; mais, quoiqu’il se fût levé de grand matin pour aller ramasser de petits cailloux, il ne put en venir à bout, car il trouva la porte de la maison fermée à double tour. Il ne savait que faire, lorsque, la bûcheronne leur ayant donné à chacun un morceau de pain pour leur déjeuner, il songea qu’il pourrait se servir de son pain au lieu de cailloux, en rejetant par miettes le long des chemins où ils passeraient : il le serra donc dans sa poche.

Le père et la mère les menèrent dans l’endroit de la forêt le plus épais et le plus obscur ; et, dès qu’ils y furent, ils gagnèrent un faux-fuyant, et les laissèrent là. Le petit Poucet ne s’en chagrina pas beaucoup, parce qu’il croyait retrouver aisément son chemin, par le moyen de son pain qu’il avait semé partout où il avait passé ; mais il fut bien surpris lorsqu’il ne put en retrouver une seule miette; les oiseaux étaient venus qui avaient tout mangé.

Les voilà donc bien affligés ; car, plus ils marchaient, plus ils s’égaraient et s’enfonçaient dans la forêt. La nuit vint, et il s’éleva un grand vent qui leur faisait des peurs épouvantables. Ils croyaient n’entendre de tous côtés que les hurlements de loups qui venaient à eux pour les manger. Ils n’osaient presque se parler, ni tourner la tête. Il survint une grosse pluie, qui les perça jusqu’aux os ; ils glissaient à chaque pas, et tombaient dans la boue, d’où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains.

Le petit Poucet grimpa au haut d’un arbre, pour voir s’il ne découvrirait rien ; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur comme d’une chandelle, mais qui était bien loin, par delà la forêt. Il descendit de l’arbre, et lorsqu’il fut à terre, il ne vit plus rien: cela le désola. Cependant, ayant marché quelque temps avec ses frères, du côté qu’il avait vu la lumière, il la revit en sortant du bois.

Ils arrivèrent enfin à la maison où était cette chandelle, non sans bien des frayeurs : car souvent ils la perdaient de vue; ce qui leur arrivait toutes les fois qu’ils descendaient dans quelque fond. Ils heurtèrent à la porte, et une bonne femme vint leur ouvrir. Elle leur demanda ce qu’ils voulaient. Le petit Poucet lui dit qu’ils étaient de pauvres enfants qui s’étaient perdus dans la forêt, et qui demandaient à coucher par charité. Cette femme, les voyant tous si jolis, se mit à pleurer, et leur dit :

« Hélas ! mes pauvres enfants, où êtes-vous venus ? Savez-vous bien que c’est ici la maison d’un Ogre qui mange les petits enfants ?

- Hélas ! madame, lui répondit le petit Poucet, qui tremblait de toute sa force, aussi bien que ses frères, que ferons-nous ? Il est bien sûr que les loups de la forêt ne manqueront pas de nous manger cette nuit si vous ne voulez pas nous retirer chez vous, et cela étant, nous aimons mieux que ce soit Monsieur qui nous mange ; peut-être qu’il aura pitié de nous si vous voulez bien l’en prier. »

La femme de l’Ogre, qui crut qu’elle pourrait les cacher à son mari jusqu’au lendemain matin, les laissa entrer, et les mena se chauffer auprès d’un bon feu ; car il y avait un mouton tout entier à la broche, pour le souper de l’Ogre.

Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent heurter trois ou quatre grands coups à la porte: c’était l’Ogre qui revenait. Aussitôt sa femme les fit cacher sous le lit, et alla ouvrir la porte. L’Ogre demanda d’abord si le souper était prêt, et si on avait tiré du vin, et aussitôt se mit à table. Le mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla que meilleur. Il flairait à droite et à gauche, disant qu’il sentait la chair fraîche.

« Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce veau que je viens d’habiller (1), que vous sentez.

- Je sens la chair fraiche, te dis-je encore une fois, reprit l’Ogre, en regardant sa femme de travers, et il y a ici quelque chose que je n’entends pas. »

En disant ces mots, il se leva de table, et alla droit au lit.

« Ah ! dit-il, voilà donc comme tu veux me tromper, maudite femme ! Je ne sais à quoi il tient que je ne te mange aussi : bien t’en prend d’être une vieille bête. Voilà du gibier qui me vient bien à propos pour traiter trois ogres de mes amis, qui doivent me venir voir ces jours-ci. »

Il les tira de dessous le lit, l’un après l’autre. Ces pauvres enfants se mirent à genoux, en lui demandant pardon; mais ils avaient affaire au plus cruel de tous les ogres, qui, bien loin d’avoir de la pitié, les dévorait déjà des yeux, et disait à sa femme que ce seraient là de friands morceaux, lorsqu’elle leur aurait fait une bonne sauce.

Il alla prendre un grand couteau ; et en approchant de ces pauvres enfants, il l’aiguisait sur une longue pierre, qu’il tenait à sa main gauche. Il en avait déjà empoigné un, lorsque sa femme lui dit :

« Que voulez-vous faire à l’heure qu’il est ? n’aurez-vous pas assez de temps demain ?

- Tais-toi, reprit l’Ogre, ils en seront plus mortifiés.

- Mais vous avez encore là tant de viande, reprit sa femme : voilà un veau, deux moutons et la moitié d’un cochon !

- Tu as raison, dit l’Ogre : donne-leur bien à souper afin qu’ils ne maigrissent pas, et va les mener coucher. »

La bonne femme fut ravie de joie, et leur porta bien à souper ; mais ils ne purent manger, tant ils étaient saisis de peur. Pour l’Ogre, il se remit à boire, ravi d’avoir de quoi si bien régaler ses amis. Il but une douzaine de coups de plus qu’à l’ordinaire : ce qui lui donna un peu dans la tête, et l’obligea de s’aller coucher. L’Ogre avait sept filles, qui n’étaient encore que des enfants. Ces petites ogresses avaient toutes le teint fort beau, parce qu’elles mangeaient de la chair fraîche, comme leur père ; mais elles avaient de petits yeux gris et tout ronds, le nez crochu, et une fort grande bouche, avec de longues dents fort aiguës et fort éloignées l’une de l’autre. Elles n’étaient pas encore fort méchantes; mais elles promettaient beaucoup, car elles mordaient déjà les petits enfants pour en sucer le sang.

On les avait fait coucher de bonne heure, et elles étaient toutes sept dans un grand lit, ayant chacune une couronne d’or sur la tête. Il y avait dans la même chambre un autre lit de la même grandeur: ce fut dans ce lit que la femme de l’Ogre mit coucher les sept petits garçons ; après quoi, elle s’alla coucher auprès de son mari.

Le petit Poucet, qui avait remarqué que les filles de l’Ogre avaient des couronnes d’or sur la tête, et qui craignait qu’il ne prît à l’Ogre quelques remords de ne les avoir pas égorgés dès le soir même, se leva vers le milieu de la nuit, et prenant les bonnets de ses frères et le sien, il alla tout doucement les mettre sur la tête des sept filles de l’Ogre, après leur avoir ôté leurs couronnes d’or, qu’il mit sur la tête de ses frères, et sur la sienne afin que l’Ogre les prît pour ses filles, et ses filles pour les garçons qu’il voulait égorger. La chose réussit comme il l’avait pensé ; car l’Ogre, s’étant éveillé sur le minuit, eut regret d’avoir différé au lendemain ce qu’il pouvait exécuter la veille. Il se jeta donc brusquement hors du lit, et, prenant son grand couteau:

« Allons voir, dit-il, comment se portent nos petits drôles; n’en faisons pas à deux fois. »

Il monta donc à tâtons à la chambre de ses filles, et s’approcha du lit où étaient les petits garçons, qui dormaient tous, excepté le petit Poucet, qui eut bien peur lorsqu’il sentit la main de l’Ogre qui lui tâtait la tête, comme il avait tâté celles de tous ses frères. L’Ogre, qui sentit les couronnes d’or :

« Vraiment, dit- il, j’allais faire là un bel ouvrage ; je vois bien que je bus trop hier au soir. »

Il alla ensuite au lit de ses filles, où ayant senti les petits bonnets des garçons :

« Ah ! les voilà, dit-il, nos gaillards ; travaillons hardiment. »

En disant ces mots, il coupa, sans balancer, la gorge à ses sept filles. Fort content de cette expédition, il alla se recoucher auprès de sa femme. Aussitôt que le petit Poucet entendit ronfler l’Ogre, il réveilla ses frères, et leur dit de s’habiller promptement et de le suivre. Ils descendirent doucement dans le jardin et sautèrent par-dessus les murailles. Ils coururent presque toute la nuit, toujours en tremblant, et sans savoir où ils allaient.

L’Ogre, s’étant éveillé, dit à sa femme :

« Va-t’en là-haut habiller ces petits drôles d’hier au soir. »

L’Ogresse fut fort étonnée de la bonté de son mari, ne se doutant point de la manière qu’il entendait qu’elle les habillât, et croyant qu’il lui ordonnait de les aller vêtir, elle monta en haut, où elle fut bien surprise, lorsqu’elle aperçut ses sept filles égorgées et nageant dans leur sang.

Elle commença par s’évanouir, car c’est le premier expédient que trouvent presque toutes les femmes en pareilles rencontres. L’Ogre, craignant que sa femme ne fût trop longtemps à faire la besogne dont il l’avait chargée, monta en haut pour lui aider. Il ne fut pas moins étonné que sa femme lorsqu’il vit cet affreux spectacle.

« Ah ! qu’ai-je fait là ? s’écria-t-il. Ils me le payeront, les malheureux, et tout à l’heure. »

Il jeta aussitôt une potée d’eau dans le nez de sa femme ; et, l’ayant fait revenir :

« Donne-moi vite mes bottes de sept lieues, lui dit-il, afin que j’aille les attraper. »

Il se mit en campagne, et après avoir couru bien loin de tous les côtés, enfin il entra dans le chemin où marchaient ces pauvres enfants, qui n’étaient plus qu’à cent pas du logis de leur père. Ils virent l’Ogre qui allait de montagne en montagne, et qui traversait des rivières aussi aisément qu’il aurait fait le moindre ruisseau. Le petit Poucet qui vit un rocher creux proche le lieu où ils étaient, y fit cacher ses six frères et s’y fourra aussi, regardant toujours ce que l’ Ogre deviendrait. L’Ogre, qui se trouvait fort las du long chemin qu’il avait fait inutilement (car les bottes de sept lieues fatiguent fort leur homme), voulut se reposer; et, par hasard, il alla s’asseoir sur la roche où les petits garçons s’étaient cachés.

Comme il n’en pouvait plus de fatigue, il s’endormit après s’être reposé quelque temps, et vint à ronfler si effroyablement, que les pauvres enfants n’eurent pas moins de peur que quand il tenait son grand couteau pour leur couper la gorge. Le petit Poucet en eut moins de peur, et dit à ses frères de s’enfuir promptement à la maison pendant que l’Ogre dormait bien fort, et qu’ils ne se missent point en peine de lui. Ils crurent son conseil, et gagnèrent vite la maison.

Le petit Poucet, s’étant approché de l’Ogre, lui tira doucement ses bottes, et les mit aussitôt. Les bottes étaient fort grandes et fort larges ; mais, comme elles étaient fées, elles avaient le don de s’agrandir et de se rapetisser selon la jambe de celui qui les chaussait; de sorte qu’elles se trouvèrent aussi justes à ses pieds et à ses jambes que si elles eussent été faites pour lui.

Il alla droit à la maison de l’Ogre, où il trouva sa femme qui pleurait auprès de ses filles égorgées.

« Votre mari, lui dit le petit Poucet, est en grand danger ; car il a été pris par une troupe de voleurs, qui ont juré de le tuer s’il ne leur donne tout son or et tout son argent. Dans le moment qu’ils lui tenaient le poignard sur la gorge, il m’a aperçu et m’a prié de vous venir avertir de l’état où il est, et de vous dire de me donner tout ce qu’il a de vaillant, sans en rien retenir, parce qu’autrement ils le tueront sans miséricorde. Comme la chose presse beaucoup, il a voulu que je prisse ses bottes de sept lieues que voilà, pour faire diligence, et aussi afin que vous ne croyiez pas que je sois un affronteur. »

La bonne femme, fort effrayée, lui donna aussitôt tout ce qu’elle avait; car cet Ogre ne laissait pas d’être fort bon mari, quoiqu’il mangeât les petits enfants. Le petit Poucet, étant donc chargé de toutes les richesses de l’Ogre, s’en revint au logis de son père, où il fut reçu avec bien de la joie.

Il y a bien des gens qui ne demeurent pas d’accord de cette dernière circonstance, et qui prétendent que le petit Poucet n’a jamais fait ce vol à l’Ogre; qu’à la vérité il n’avait pas fait conscience de lui prendre ses bottes de sept lieues, parce qu’il ne s’en servait que pour courir après les petits enfants. Ces gens là assurent le savoir de bonne part, et même pour avoir bu et mangé dans la maison du bûcheron. Ils assurent que lorsque le petit Poucet eut chaussé les bottes de l’Ogre, il s’en alla à la cour, où il savait qu’on était fort en peine d’une armée qui était à deux cents lieues de là, et du succès d’une bataille qu’on avait donnée. Il alla, disent-ils, trouver le roi et lui dit que, s’il le souhaitait il lui rapporterait des nouvelles de l’armée avant la fin du jour. Le roi lui promit une grosse somme d’argent s’il en venait à bout. Le petit Poucet rapporta des nouvelles, dès le soir même; et cette première course l’ayant fait connaître, il gagnait tout ce qu’il voulait; car le roi le payait parfaitement bien pour porter ses ordres à l’armée ; et une infinité de demoiselles lui donnaient tout ce qu’il voulait, pour avoir des nouvelles de leurs fiancés et ce fut là son plus grand gain.

Il se trouvait quelques femmes qui le chargeaient de lettres pour leurs maris; mais elles le payaient si mal, et cela allait à si peu de chose qu’il ne daignait mettre en ligne de compte ce qu’il gagnait de ce côté-là.

Après avoir fait pendant quelque temps le métier de courrier, et y avoir amassé beaucoup de biens, il revint chez son père, où il n’est pas possible d’imaginer la joie qu’on eut de le revoir. Il mit toute sa famille à son aise. Il acheta des offices de nouvelle création pour son père et pour ses frères ; et par là il les établit tous, et fit parfaitement bien sa cour en même temps.


Histoire du soir : Cendrillon

Publié le Mardi 31 mars 2009 à 14:16 - par Phil B.

Il était une fois un gentilhomme qui épousa, en secondes noces, une femme, la plus hautaine et la plus fière qu’on eût jamais vue. Elle avait deux filles de son humeur, et qui lui ressemblaient en toutes choses. Le mari avait, de son côté, une jeune fille, mais d’une douceur et d’une bonté sans exemple : elle tenait cela de sa mère, qui était la meilleure personne du monde.

Les noces ne furent pas plus tôt faites que la belle-mère fit éclater sa mauvaise humeur : elle ne put souffrir les bonnes qualités de cette jeune enfant, qui rendaient ses filles encore plus haïssables. Elle la chargea des plus viles occupations de la maison : c’était elle qui nettoyait la vaisselle et les montées, qui frottait la chambre de madame et celles de mesdemoiselles ses filles ; elle couchait tout au haut de la maison, dans un grenier, sur une méchante paillasse, pendant que ses soeurs étaient dans des chambres parquetées, où elles avaient des lits des plus à la mode, et des miroirs où elles se voyaient depuis les pieds jusqu’à la tête. La pauvre fille souffrait tout avec patience et n’osait s’en plaindre à son père, qui l’aurait grondée, parce que sa femme le gouvernait entièrement. Lorsqu’elle avait fait son ouvrage, elle s’allait mettre au coin de la cheminée, et s’asseoir dans les cendres, ce qui faisait qu’on l’appelait communément dans le logis Cucendron. La cadette, qui n’était pas si malhonnête que son aînée, l’appelait Cendrillon. Cependant Cendrillon, avec ses méchants habits, ne laissait pas d’être cent fois plus belle que ses soeurs, quoique vêtues très magnifiquement.

Il arriva que le fils du roi donna un bal et qu’il en pria toutes les personnes de qualité. Nos deux demoiselles en furent aussi priées, car elles faisaient grande figure dans le pays. Les voilà bien aises et bien occupées à choisir les habits et les coiffures qui leur siéraient le mieux. Nouvelle peine pour Cendrillon, car c’était elle qui repassait le linge de ses soeurs et qui godronnait(2) leurs manchettes. On ne parlait que de la manière dont on s’habillerait.

- Moi, dit l’aînée, je mettrai mon habit de velours rouge et ma garniture d’Angleterre.

- Moi, dit la cadette, je n’aurai que ma jupe ordinaire ; mais, en récompense, je mettrai mon manteau à fleurs d’or et ma barrière de diamants, qui n’est pas des plus indifférentes.

On envoya quérir la bonne coiffeuse pour dresser les cornettes à deux rangs, et on fit acheter des mouches de la bonne faiseuse. Elles appelèrent Cendrillon pour lui demander son avis, car elle avait le goût bon. Cendrillon les conseilla le mieux du monde, et s’offrit même à les coiffer; ce qu’elles voulurent bien.

En les coiffant, elles lui disaient :

- Cendrillon, serais-tu bien aise d’aller au bal ?

- Hélas, mesdemoiselles, vous vous moquez, de moi : ce n’est pas là ce qu’il me faut.

- Tu as raison, on rirait bien, si on voyait un Cucendron aller au bal. »

Une autre que Cendrillon les aurait coiffées de travers ; mais elle était bonne, et elle les coiffa parfaitement bien. Elles furent près de deux jours sans manger, tant elles étaient transportées de joie. On rompit plus de douze lacets, à force de les serrer pour leur rendre la taille plus menue, et elles étaient toujours devant le miroir.

Enfin l’heureux jour arriva ; on partit, et Cendrillon les suivit des yeux le plus longtemps qu’elle put. Lorsqu’elle ne les vit plus, elle se mit à pleurer. Sa marraine, qui la vit tout en pleurs, lui demanda ce qu’elle avait.

- Je voudrais bien … je voudrais bien…

Elle pleurait si fort qu’elle ne put achever. Sa marraine, qui était fée, lui dit :

- Tu voudrais bien aller au bal, n’est-ce pas ?

- Hélas! oui, dit Cendrillon en soupirant.

- Eh bien ! seras-tu bonne fille ? dit sa marraine, je t’y ferai aller.

Elle la mena dans sa chambre, et lui dit :

- Va dans le jardin, et apporte-moi une citrouille.

Cendrillon alla aussitôt cueillir la plus belle qu’elle put trouver, et la porta à sa marraine, ne pouvant deviner comment cette citrouille la pourrait faire aller au bal. Sa marraine la creusa et, n’ayant laissé que l’écorce, la frappa de sa baguette, et la citrouille fut aussitôt changée en un beau carrosse tout doré. Ensuite elle alla regarder dans la souricière, où elle trouva six souris toutes en vie. Elle dit à Cendrillon de lever un peu la trappe de la souricière, et à chaque souris qui sortait, elle lui donnait un coup de sa baguette, et la souris était aussitôt changée en un beau cheval : ce qui fit un bel attelage de six chevaux, d’un beau gris de souris pommelé.

Comme elle était en peine de quoi elle ferait un cocher :

- Je vais voir, dit Cendrillon, s’il n’y a pas quelque rat dans la ratière, nous en ferons un cocher.

- Tu as raison, dit sa marraine, va voir. » Cendrillon lui apporta la ratière, où il y avait trois gros rats.

La fée en prit un d’entre les trois, à cause de sa maîtresse barbe, et, l’ayant touché, il fut changé en un gros cocher, qui avait une des plus belles moustaches qu’on ait jamais vues.

Ensuite elle lui dit :

- Va dans le jardin, tu y trouveras six lézards derrière l’arrosoir: apporte-les moi. » Elle ne les eut pas plutôt apportés, que sa marraine les changea en six laquais, qui montèrent aussitôt derrière le carrosse, avec leurs habits chamarrés, et qui s’y tenaient attachés comme s’ils n’eussent fait autre chose de toute leur vie.

La fée dit alors à Cendrillon :

- Eh bien! voilà, de quoi aller au bal : n’es-tu pas bien aise ?

- Oui, mais est-ce que j’irai comme cela, avec mes vilains habits ?

Sa marraine ne fit que la toucher avec sa baguette, et en même temps ses habits furent changés en des habits d’or et d’argent, tout chamarrés de pierreries ; elle lui donna ensuite une paire de pantoufles de verre, les plus jolies du monde. Quand elle fut ainsi parée, elle monta en carrosse ; mais sa marraine lui recommanda, sur toutes choses, de ne pas passer minuit, l’avertissant que, si elle demeurait au bal un moment davantage, son carrosse redeviendrait citrouille, ses chevaux des souris, ses laquais des lézards, et que ses beaux habits reprendraient leur première forme.

Elle promit à sa marraine qu’elle ne manquerait pas de sortir du bal avant minuit. Elle part, ne se sentant pas de joie. Le fils du roi, qu’on alla avertir qu’il venait d’arriver une grande princesse qu’on ne connaissait point, courut la recevoir. Il lui donna la main à la descente du carrosse, et la mena dans la salle où était la compagnie. Il se fit alors un grand silence ; on cessa de danser, et les violons ne jouèrent plus, tant on était attentif à contempler les grandes beautés de cette inconnue. On n’entendait qu’un bruit confus : « Ah ! qu’elle est belle! » Le roi même, tout vieux qu’il était, ne laissait pas de la regarder, et de dire tout bas à la reine qu’il y avait longtemps qu’il n’avait vu une si belle et si aimable personne. Toutes les dames étaient attentives à considérer sa coiffure et ses habits, pour en avoir, dès le lendemain, de semblables, pourvu qu’il se trouvât des étoffes assez belles, et des ouvriers assez habiles.

Le fils du roi la mit à la place la plus honorable, et ensuite la prit pour la mener danser. Elle dansa avec tant de grâce, qu’on l’admira encore davantage. On apporta une fort belle collation, dont le jeune prince ne mangea point, tant il était occupé à la considérer. Elle alla s’asseoir auprès de ses soeurs et leur fit mille honnêtetés; elle leur fit part des oranges et des citrons que le prince lui avait donnés, ce qui les étonna fort, car elles ne la connaissaient point.

Lorsqu’elles causaient ainsi, Cendrillon entendit sonner onze heures trois quarts ; elle fit aussitôt une grande révérence à la compagnie, et s’en alla le plus vite qu’elle put. Dès qu’elle fut arrivée, elle alla trouver sa marraine, et, après l’avoir remerciée, elle lui dit qu’elle souhaiterait bien aller encore le lendemain au bal, parce que le fils du roi l’en avait priée. Comme elle était occupée à raconter à sa marraine tout ce qui s’était passé au bal, les deux soeurs heurtèrent à la porte ; Cendrillon leur alla ouvrir.

- Que vous êtes longtemps à revenir ! leur dit-elle en bâillant, en se frottant les yeux, et en s’étendant comme si elle n’eût fait que de se réveiller.

Elle n’avait cependant pas eu envie de dormir, depuis qu’elles s’étaient quittées. « Si tu étais venue au bal, lui dit une de ses soeurs, tu ne t’y serais pas ennuyée il est venu la plus belle princesse, la plus belle qu’on puisse jamais voir ; elle nous a fait mille civilités elle nous a donné des oranges et des citrons. »

Cendrillon ne se sentait pas de joie : elle leur demanda le nom de cette princesse; mais elles lui répondirent qu’on ne la connaissait pas, que le fils du roi en était fort en peine, et qu’il donnerait toutes choses au monde pour savoir qui elle était. Cendrillon sourit et leur dit :

- Elle était donc bien belle ? Mon Dieu ! que vous êtes heureuses ! ne pourrais-je point la voir ? Hélas! mademoiselle Javotte, prêtez-moi votre habit jaune que vous mettez tous les jours.

- Vraiment, dit mademoiselle Javotte, je suis de cet avis ! Prêter son habit à un vilain Cucendron comme cela ! il faudrait que je fusse bien folle.

Cendrillon s’attendait bien à ce refus, et elle en fut bien aise, car elle aurait été grandement embarrassée, si sa soeur eût bien voulu lui prêter son habit.

Le lendemain, les deux soeurs furent au bal, et Cendrillon aussi, mais encore plus parée que la première fois. Le fils du roi fut toujours auprès d’elle, et ne cessa de lui conter des douceurs. La jeune demoiselle ne s’ennuyait point et oublia ce que sa marraine lui avait recommandé; de sorte qu’elle entendit sonner le premier coup de minuit, lorsqu’elle ne croyait point qu’il fût encore onze heures: elle se leva, et s’enfuit aussi légèrement qu’aurait fait une biche. Le prince la suivit, mais il ne put l’attraper. Elle laissa tomber une de ses pantoufles de verre, que le prince ramassa bien soigneusement. Cendrillon arriva chez elle, bien essoufflée, sans carrosse, sans laquais, et avec ses méchants habits ; rien ne lui étant resté de sa magnificence, qu’une de ses petites pantoufles, la pareille de celle qu’elle avait laissé tomber. On demanda aux gardes de la porte du palais s’ils n’avaient point vu sortir une princesse ils dirent qu’ils n’avaient vu sortir personne qu’une jeune fille fort mal vêtue, et qui avait plus l’air d’une paysanne que d’une demoiselle.

Quand les deux soeurs revinrent du bal, Cendrillon leur demanda si elles s’étaient encore bien diverties, et si la belle dame y avait été ; elles lui dirent que oui, mais qu’elle s’était enfuie, lorsque minuit avait sonné, et si promptement qu’elle avait laissé tomber une de ses petites pantoufles de verre, la plus jolie du monde; que le fils du roi l’avait ramassée, et qu’il n’avait fait que la regarder pendant tout le reste du bal, et qu’assurément il était fort amoureux de la belle personne à qui appartenait la petite pantoufle.

Elles dirent vrai ; car, peu de jours après, le fils du roi fit publier, à son de trompe, qu’il épouserait celle dont le pied serait bien juste à la pantoufle. On commença à l’essayer aux princesses, ensuite aux duchesses et à toute la cour, mais inutilement. On l’apporta chez les deux soeurs, qui firent tout leur possible pour faire entrer leur pied dans la pantoufle mais elles ne purent en venir à bout. Cendrillon, qui les regardait, et qui reconnut sa pantoufle, dit en riant :

- Que je voie si elle ne me serait pas bonne.

Ses soeurs se mirent à rire et à se moquer d’elle. Le gentilhomme qui faisait l’essai de la pantoufle, ayant regardé attentivement Cendrillon, et la trouvant fort belle, dit que cela était très juste, et qu’il avait ordre de l’essayer à toutes les filles. Il fit asseoir Cendrillon, et approchant la pantoufle de son petit pied, il vit qu’il y entrait sans peine, et qu’elle y était juste comme de cire. L’étonnement des deux soeurs fut grand, mais plus grand encore quand Cendrillon tira de sa poche l’autre petite pantoufle qu’elle mit à son pied. Là-dessus arriva la marraine, qui ayant donné un coup de baguette sur les habits de Cendrillon, les fit devenir encore plus magnifiques que tous les autres.

Alors ses deux soeurs la reconnurent pour la belle personne qu’elles avaient vue au bal. Elles se jetèrent à ses pieds pour lui demander pardon de tous les mauvais traitements qu’elles lui avaient fait souffrir. Cendrillon les releva et leur dit, en les embrassant, qu’elle leur pardonnait de bon coeur, et qu’elle les priait de l’aimer bien toujours. On la mena chez le jeune prince, parée comme elle était. Il la trouva encore plus belle que jamais; et, peu de jours après, il l’épousa. Cendrillon, qui était aussi bonne que belle, fit loger ses deux soeurs au palais, et les maria, dès le jour même, à deux grands seigneurs de la cour.

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Histoire du soir : Blanche neige

Publié le Dimanche 15 mars 2009 à 19:30 - par Phil B.

Cela se passait en plein hiver et les flocons de neige tombaient du ciel comme un duvet léger. Une reine était assise à sa fenêtre encadrée de bois d’ébène et cousait. Tout en tirant l’aiguille, elle regardait voler les blancs flocons. Elle se piqua au doigt et trois gouttes de sang tombèrent sur la neige. Ce rouge sur ce blanc faisait si bel effet qu’elle se dit : Si seulement j’avais un enfant aussi blanc que la neige, aussi rose que le sang, aussi noir que le bois de ma fenêtre ! Peu de temps après, une fille lui naquit ; elle était blanche comme neige, rose comme sang et ses cheveux étaient noirs comme de l’ébène. On l’appela Blanche-Neige. Mais la reine mourut en lui donnant le jour.

Au bout d’une année, le roi épousa une autre femme. Elle était très belle ; mais elle était fière et vaniteuse et ne pouvait souffrir que quelqu’un la surpassât en beauté. Elle possédait un miroir magique. Quand elle s’y regardait en disant :

Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ?

Le miroir répondait : Madame la reine, vous êtes la plus belle au pays.

Et elle était contente. Elle savait que le miroir disait la vérité. Blanche-Neige, cependant, grandissait et devenait de plus en plus belle. Quand elle eut atteint ses dix-sept ans elle était déjà plus jolie que le jour et plus belle que la reine elle-même. Un jour que celle-ci demandait au miroir :

Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ?

Celui-ci répondit : Madame la reine, vous êtes la plus belle ici. Mais Blanche-Neige est encore mille fois plus belle.

La reine en fut épouvantée. Elle devint jaune et verte de jalousie. À partir de là, chaque fois qu’elle apercevait Blanche-Neige, son coeur se retournait dans sa poitrine tant elle éprouvait de haine à son égard. La jalousie et l’orgueil croissaient en elle comme mauvaise herbe. Elle en avait perdu le repos, le jour et la nuit. Elle fit venir un chasseur et lui dit :

- Emmène l’enfant dans la forêt ! je ne veux plus la voir. Tue-la et rapporte-moi pour preuve de sa mort ses poumons et son foie.

Le chasseur obéit et conduisit Blanche-Neige dans le bois. Mais quand il eut dégainé son poignard pour en percer son coeur innocent, elle se mit à pleurer et dit :

- 0, cher chasseur, laisse-moi la vie ! je m’enfoncerai au plus profond de la forêt et ne rentrerai jamais à la maison.

Et parce qu’elle était belle, le chasseur eut pitié d’elle et dit :

- Sauve-toi, pauvre enfant !

Les bêtes de la forêt auront tôt fait de te dévorer ! songeait-il. Et malgré tout, il se sentait soulagé de ne pas avoir dû la tuer. Un marcassin passait justement. Il le tua de son poignard, prit ses poumons et son foie et les apporta à la reine comme preuves de la mort de Blanche-Neige. Le cuisinier reçut ordre de les apprêter et la méchante femme les mangea, s’imaginant qu’ils avaient appartenu à Blanche-Neige. La pauvre petite, elle, était au milieu des bois, toute seule. Sa peur était si grande qu’elle regardait toutes les feuilles de la forêt sans savoir ce qu’elle allait devenir. Elle se mit à courir sur les cailloux pointus et à travers les épines. Les bêtes sauvages bondissaient autour d’elle, mais ne lui faisaient aucun mal. Elle courut jusqu’au soir, aussi longtemps que ses jambes purent la porter. Elle aperçut alors une petite maisonnette et y pénétra pour s’y reposer. Dans la maisonnette, tout était minuscule, gracieux et propre. On y voyait une petite table couverte d’une nappe blanche, avec sept petites assiettes et sept petites cuillères, sept petites fourchettes et sept petits couteaux, et aussi sept petits gobelets. Contre le mur, il y avait sept petits lits alignés les uns à côté des autres et recouverts de draps tout blancs. Blanche-Neige avait si faim et si soif qu’elle prit dans chaque assiette un peu de légumes et de pain et but une goutte de vin dans chaque gobelet : car elle ne voulait pas manger la portion tout entière de l’un des convives. Fatiguée, elle voulut ensuite se coucher. Mais aucun des lis ne lui convenait ; l’un était trop long, l’autre trop court. Elle les essaya tous. Le septième, enfin, fut à sa taille. Elle s’y allongea, se confia à Dieu et s’endormit.

Quand la nuit fut complètement tombée, les propriétaires de la maisonnette arrivèrent. C’était sept nains qui, dans la montagne, travaillaient à la mine. Ils allumèrent leurs sept petites lampes et quand la lumière illumina la pièce, ils virent que quelqu’un y était venu, car tout n’était plus tel qu’ils l’avaient laissé.

- Le premier dit : Qui s’est assis sur ma petite chaise ?
- Le deuxième : Qui a mangé dans ma petite assiette ?
- Le troisième : Qui a pris de mon pain ?
- Le quatrième : Qui a mangé de mes légumes ?
- Le cinquième : Qui s’est servi de ma fourchette ?
- Le sixième : Qui a coupé avec mon couteau ?
- Le septième : Qui a bu dans mon gobelet ?

Le premier, en se retournant, vit que son lit avait été dérangé.

- Qui a touché à mon lit ? dit-il.

Les autres s’approchèrent en courant et chacun s’écria :

- Dans le mien aussi quelqu’un s’est couché !

Mais le septième, quand il regarda son lit, y vit Blanche-Neige endormie. Il appela les autres, qui vinrent bien vite et poussèrent des cris étonnés. Ils prirent leurs sept petites lampes et éclairèrent le visage de Blanche-Neige.

- Seigneur Dieu ! Seigneur Dieu ! s’écrièrent-ils ; que cette enfant est jolie !

Ils en eurent tant de joie qu’ils ne l’éveillèrent pas et la laissèrent dormir dans le petit lit. Le septième des nains coucha avec ses compagnons, une heure avec chacun, et la nuit passa ainsi.

Au matin, Blanche-Neige s’éveilla. Quand elle vit les sept nains, elle s’effraya. Mais ils la regardaient avec amitié et posaient déjà des questions :

- Comment t’appelles-tu ?
- Je m’appelle Blanche-Neige, répondit-elle.
- Comment es-tu venue jusqu’à nous ?

Elle leur raconta que sa belle-mère avait voulu la faire tuer, mais que le chasseur lui avait laissé la vie sauve et qu’elle avait ensuite couru tout le jour jusqu’à ce qu’elle trouvât cette petite maison. Les nains lui dirent :

- Si tu veux t’occuper de notre ménage, faire à manger, faire les lits, laver, coudre et tricoter, si tu tiens tout en ordre et en propreté, tu pourras rester avec nous et tu ne manqueras de rien.
- D’accord, d’accord de tout mon coeur, dit Blanche-Neige.

Et elle resta auprès d’eux. Elle s’occupa de la maison. le matin, les nains partaient pour la montagne où ils arrachaient le fer et l’or ; le soir, ils s’en revenaient et il fallait que leur repas fût prêt. Toute la journéè, la jeune fille restait seule ; les bons petits nains l’avaient mise en garde :

- Méfie-toi de ta belle-mère ! Elle saura bientôt que tu es ici ; ne laisse entrer personne !

La reine, cependant, après avoir mangé les poumons et le foie de Blanche-Neige, s’imaginait qu’elle était redevenue la plus belle de toutes. Elle se mit devant son miroir et demanda :

Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ?

Le miroir répondit : Madame la reine, vous êtes la plus belle ici. Mais, par-delà les monts d’airain, auprès des gentils petits nains, Blanche-Neige est mille fois plus belle.

La reine en fut bouleversée ; elle savait que le miroir ne pouvait mentir. Elle comprit que le chasseur l’avait trompée et que Blanche-Neige était toujours en vie. Elle se creusa la tête pour trouver un nouveau moyen de la tuer car aussi longtemps qu’elle ne serait pas la plus belle au pays, elle savait que la jalousie ne lui laisserait aucun repos. Ayant finalement découvert un stratagème, elle se farda le visage et s’habilla comme une vieille marchande ambulante. Elle était méconnaissable.

Ainsi déguisée, elle franchit les sept montagnes derrière lesquelles vivaient les sept nains. Elle frappa à la porte et dit :

- J’ai du beau, du bon à vendre, à vendre !

Blanche-Neige regarda par la fenêtre et dit :

- Bonjour, cher Madame, qu’avez-vous à vendre ?
- De la belle, de la bonne marchandise, répondit-elle, des corselets de toutes les couleurs.

Elle lui en montra un tressé de soie multicolore. « Je peux bien laisser entrer cette honnête femme ! » se dit Blanche-Neige. Elle déverrouilla la porte et acheta le joli corselet.

- Enfant ! dit la vieille. Comme tu t’y prends ! Viens, je vais te l’ajuster comme il faut !

Blanche-Neige était sans méfiance. Elle se laissa passer le nouveau corselet. Mais la vieille serra rapidement et si fort que la jeune fille perdit le souffle et tomba comme morte.

- Et maintenant, tu as fini d’être la plus belle, dit la vieille en s’enfuyant.

Le soir, peu de temps après, les sept nains rentrèrent à la maison. Quel effroi fut le leur lorsqu’ils virent leur chère Blanche-Neige étendue sur le sol, immobile et comme sans vie ! Ils la soulevèrent et virent que son corselet la serrait trop. Ils en coupèrent vite le cordonnet. La jeune fille commença à respirer doucement et, peu à peu, elle revint à elle. Quand les nains apprirent ce qui s’était passé, ils dirent :

- La vieille marchande n’était autre que cette mécréante de reine. Garde-toi et ne laisse entrer personne quand nous ne serons pas là !

La méchante femme, elle, dès son retour au château, s’était placée devant son miroir et avait demandé :

Miroir, Miroir joli, qui est la plus belle au pays ?

Une nouvelle fois, le miroir avait répondu : Madame la reine, vous êtes la plus belle ici. Mais, par-delà les monts d’airain, auprès des gentils petits nains, Blanche-Neige est mille fois plus belle.

Quand la reine entendit ces mots, elle en fut si bouleversée qu’elle sentit son coeur étouffer. Elle comprit que Blanche-Neige avait recouvré la vie.

- Eh bien ! dit-elle, je vais trouver quelque moyen qui te fera disparaître à tout jamais !

Par un tour de sorcellerie qu’elle connaissait, elle empoisonna un peigne. Elle se déguisa à nouveau et prit l’aspect d’une autre vieille femme.
Elle franchit ainsi les sept montagnes en direction de la maison des sept nains, frappa à la porte et cria :

- Bonne marchandise à vendre !

Blanche-Neige regarda par la fenêtre et dit :

- Passez votre chemin ! je n’ai le droit d’ouvrir à quiconque.
- Mais tu peux bien regarder, dit la vieille en lui montrant le peigne empoisonné. Je vais te peigner joliment.

La pauvre Blanche-Neige ne se douta de rien et laissa faire la vieille ; à peine le peigne eut-il touché ses cheveux que le poison agit et que la jeune fille tomba sans connaissance.

- Et voilà ! dit la méchante femme, c’en est fait de toi, prodige de beauté !

Et elle s’en alla. Par bonheur, le soir arriva vite et les sept nains rentrèrent à la maison. Quand ils virent Blanche-Neige étendue comme morte sur le sol, ils songèrent aussitôt à la marâtre, cherchèrent et trouvèrent le peigne empoisonné. Dès qu’ils l’eurent retiré de ses cheveux, Blanche-Neige revint à elle et elle leur raconta ce qui s’était passé. Ils lui demandèrent une fois de plus d’être sur ses gardes et de n’ouvrir à personne.

Rentrée chez elle, la reine s’était placée devant son miroir et avait demandé :

Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au Pays ?

Comme la fois précédente, le miroir répondit : Madame la reine, vous êtes la plus belle ici. Mais, par-delà les monts d’airain, auprès des gentils petits nains, Blanche-Neige est mille fois plus belle.

Quand la reine entendit cela, elle se mit à trembler de colère.

- Il faut que Blanche-Neige meure ! s’écria-t-elle, dussé-je en périr moi-même !

Elle se rendit dans une chambre sombre et isolée où personne n’allait jamais et y prépara une pomme empoisonnée. Extérieurement, elle semblait belle, blanche et rouge, si bien qu’elle faisait envie à quiconque la voyait ; mais il suffisait d’en manger un tout petit morceau pour mourir.
Quand tout fut prêt, la reine se farda le visage et se déguisa en paysanne. Ainsi transformée, elle franchit les sept montagnes pour aller chez les sept nains. Elle frappa à la porte. Blanche-Neige se pencha à la fenêtre et dit :

- Je n’ai le droit de laisser entrer quiconque ici ; les sept nains me l’ont interdit.
- D’accord ! répondit la paysanne. J’arriverai bien à vendre mes pommes ailleurs ; mais je vais t’en offrir une.
- Non, dit Blanche-Neige, je n’ai pas le droit d’accepter quoi que ce soit.
- Aurais-tu peur d’être empoisonnée ? demanda la vieille. Regarde : je partage la pomme en deux ; tu mangeras la moitié qui est rouge, moi, celle qui est blanche.

La pomme avait été traitée avec tant d’art que seule la moitié était empoisonnée. Blanche-Neige regarda le fruit avec envie et quand elle vit que la paysanne en mangeait, elle ne put résister plus longtemps. Elle tendit la main et prit la partie empoisonnée de la pomme. À peine y eut-elle mis les dents qu’elle tomba morte sur le sol. La reine la regarda de ses yeux méchants, ricana et dit :

- Blanche comme neige, rose comme sang, noir comme ébène ! Cette fois-ci, les nains ne pourront plus te réveiller !

Et quand elle fut de retour chez elle, et demanda au miroir :

Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ?

Celui-ci répondit enfin : Madame la reine, vous êtes la plus belle au pays.

Et son coeur jaloux trouva le repos, pour autant qu’un coeur jaloux puisse le trouver. Quand, au soir, les petits nains arrivèrent chez eux, ils trouvèrent Blanche-Neige étendue sur le sol, sans souffle. Ils la soulevèrent, cherchèrent s’il y avait quelque chose d’empoisonné, défirent son corselet, coiffèrent ses cheveux, la lavèrent avec de l’eau et du vin. Mais rien n’y fit : la chère enfant était morte et morte elle restait. Ils la placèrent sur une civière, s’assirent tous les sept autour d’elle et pleurèrent trois jours durant. Puis ils se préparèrent à l’enterrer. Mais elle était restée fraîche comme un être vivant et ses jolies joues étaient roses comme auparavant.

Ils dirent :

- Nous ne pouvons la mettre dans la terre noire.

Ils fabriquèrent un cercueil de verre transparent où on pourrait la voir de tous les côtés, l’y installèrent et écrivirent dessus son nom en lettres d’or, en ajoutant qu’elle était fille de roi. Ils portèrent le cercueil en haut de la montagne et l’un d’eux, sans cesse, monta la garde auprès de lui. Longtemps Blanche-Neige resta ainsi dans son cercueil toujours aussi jolie. Il arriva qu’un jour un prince qui chevauchait par la forêt s’arrêta à la maison des nains pour y passer la nuit. Il vit le cercueil au sommet de la montagne, et la jolie Blanche-Neige. Il dit aux nains :

- Laissez-moi le cercueil ; je vous en donnerai ce que vous voudrez.

Mais les nains répondirent :

- Nous ne vous le donnerons pas pour tout l’or du monde.

Il dit :

- Alors donnez-le-moi pour rien ; car je ne pourrai plus vivre sans voir Blanche-Neige ; je veux lui rendre honneur et respect comme à ma bien-aimée.

Quand ils entendirent ces mots, les bons petits nains furent saisis de compassion et ils lui donnèrent le cercueil. Le prince le fit emporter sur les épaules de ses serviteurs. Comme ils allaient ainsi, l’un d’eux buta sur une souche. La secousse fit glisser hors de la gorge de Blanche-Neige le morceau de pomme empoisonnée qu’elle avait mangé. Bientôt après, elle ouvrit les yeux, souleva le couvercle du cercueil et se leva. Elle était de nouveau vivante !

- Seigneur, où suis-je ? demanda-t-elle.
- Auprès de moi, répondit le prince, plein d’allégresse.

Il lui raconta ce qui s’était passé, ajoutant :

- Je t’aime plus que tout au monde ; viens avec moi, tu deviendras ma femme.

Blanche-Neige accepta. Elle l’accompagna et leurs noces furent célébrées avec magnificence et splendeur. La méchante reine, belle-mère de Blanche-Neige, avait également été invitée au mariage. Après avoir revêtu ses plus beaux atours, elle prit place devant le miroir et demanda :

Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ?

Le miroir répondit : Madame la reine, vous êtes la plus belle ici, mais la jeune souveraine est mille fois plus belle.

La méchante femme proféra un affreux juron et elle eut si peur, si peur qu’elle en perdit la tête.

Blanche Neige

Histoire du soir : La queue du chat

Publié le Dimanche 1 mars 2009 à 19:30 - par Phil B.

La petite mamie prépare son goûter Elle pose son bol de lait sur la table et elle va chercher des gâteaux dans le buffet.
Voyons, qu’est-ce qu’elle va prendre? Des madeleines? Non, elle n »en a pas envie, c’est trop sucré! Des boudoirs? Non, elle en a mangé hier! Des gaufrettes à la vanille? Oh oui, tiens! des gaufrettes à la vanille! Elle va se régaler!

Quand la mamie se retourne, le chat est sur la table, en train de boire son lait! Elle crie:
-Vilain chat! veux-tu bien descendre tout de suite!
Le chien se précipite, il attrape la queue du chat pour le faire descendre, et malheur! il lui décolle sa queue!
-Oh! mamie, regarde, dit le chat.Le chien a décollé ma queue! J’ai l’air de quoi, comme ça? S’il te plaît, petite mamie, recolle-moi ma jolie queue!
La petite mamie répond:
- Coquin de chat! Tu as bu mon lait! Eh! bien, apporte-moi du lait et je recollerai ta queue!

Le chat va trouver la chèvre:
- S’il te plaît, chèvre, donne-moi un peu de lait! Je l’apporterai à la petite mamie et elle recollera ma jolie queue!
- Apporte-moi quelques branches de chêne que j’aime tant brouter, dit la chèvre, et je te donnerai du lait.

Le chat va trouver le chêne:
- S’il te plaît, chêne, donne-moi quelques branches.Je les apporterai à la chèvre, la chèvre me donnera du lait, j’apporterai le lait à la petite mamie et elle recollera ma jolie queue.
- Va dire aux oiseaux de la forêt de venir chanter pour moi, dit le chêne, et je te donnerai quelques branches.

Le chat va trouver les oiseaux de la forêt:
- S’il vous plaît, oiseaux, allez chanter pour le grand chêne. Il me donnera quelques branches, je les apporterai à la chèvre, la chèvre me donnera du lait, je l’apporterai à la petite mamie et la petite mamie recollera ma jolie queue.
- Oui, oui, oui! ont dit les oiseaux. Mais tu cours après nous pour nous attraper!Promets que tu ne chercheras plus à nous attraper et nous irons chanter pour le grand chêne!

Le chat a promis.

Alors les oiseaux sont allés chanter pour le grand chêne. Le chêne a donné quelques branches au chat. le chat les a apportées à la chèvre. La chèvre lui a donné du lait. Il a apporté le lait à la petite mamie. Et la petite mamie lui a recollé sa jolie queue.

Et maintenant tout le monde est content.

Voilà!


Histoire du soir : Le Petit Chaperon Rouge

Publié le Dimanche 15 février 2009 à 19:30 - par Phil B.

Il était une fois une petite fille que tout le monde aimait bien, surtout sa grand-mère. Elle ne savait qu’entreprendre pour lui faire plaisir. Un jour, elle lui offrit un petit bonnet de velours rouge, qui lui allait si bien qu’elle ne voulut plus en porter d’autre. Du coup, on l’appela « Chaperon rouge ».

Un jour, sa mère lui dit :

- Viens voir, Chaperon rouge : voici un morceau de gâteau et une bouteille de vin. Porte-les à ta grand-mère ; elle est malade et faible ; elle s’en délectera ; fais vite, avant qu’il ne fasse trop chaud. Et quand tu seras en chemin, sois bien sage et ne t’écarte pas de ta route, sinon tu casserais la bouteille et ta grand-mère n’aurait plus rien. Et quand tu arriveras chez elle, n’oublie pas de dire « Bonjour » et ne va pas fureter dans tous les coins.

- Je ferai tout comme il faut, dit le Petit Chaperon rouge à sa mère.

La fillette lui dit au revoir. La grand-mère habitait loin, au milieu de la forêt, à une demi-heure du village. Lorsque le Petit Chaperon rouge arriva dans le bois, il rencontra le Loup. Mais il ne savait pas que c’était une vilaine bête et ne le craignait point.

- Bonjour, Chaperon rouge, dit le Loup.

- Bonjour, Loup, dit le Chaperon rouge.

- Où donc vas-tu si tôt, Chaperon rouge ?

- Chez ma grand-mère.

- Que portes-tu dans ton panier ?

- Du gâteau et du vin. Hier nous avons fait de la pâtisserie, et ça fera du bien à ma grand-mère. Ça la fortifiera.

- Où habite donc ta grand-mère, Chaperon rouge ?

- Oh ! à un bon quart d’heure d’ici, dans la forêt. Sa maison se trouve sous les trois gros chênes. En dessous, il y a une haie de noisetiers, tu sais bien ? dit le petit Chaperon rouge.

Le Loup se dit : « Voilà un mets bien jeune et bien tendre, un vrai régal ! Il sera encore bien meilleur que la vieille. Il faut que je m’y prenne adroitement pour les attraper toutes les eux ! »

Il l’accompagna un bout de chemin et dit :

- Chaperon rouge, vois ces belles fleurs autour de nous. Pourquoi ne les regardes-tu pas ? J’ai l’impression que tu n’écoutes même pas comme les oiseaux chantent joliment. Tu marches comme si tu allais à l’école, alors que tout est si beau, ici, dans la forêt !

Le Petit Chaperon rouge ouvrit les yeux et lorsqu’elle vit comment les rayons du soleil dansaient de-ci, de-là à travers les arbres, et combien tout était plein de fleurs, elle pensa :« Si j’apportais à ma grand- mère un beau bouquet de fleurs, ça lui ferait bien plaisir. Il est encore si tôt que j’arriverai bien à l’heure. »

Elle quitta le chemin, pénétra dans le bois et cueillit des fleurs. Et, chaque fois qu’elle en avait cueilli une, elle se disait : « Plus loin, j’en vois une plus belle » ; et elle y allait et s’enfonçait toujours plus profondément dans la forêt. Le Loup lui, courait tout droit vers la maison de la grand-mère. Il frappa à la porte.

- Qui est là ?

- C’est le Petit Chaperon rouge qui t’apporte du gâteau et du vin.

- Tire la chevillette, dit la grand-mère. Je suis trop faible et ne peux me lever.

Le Loup tire la chevillette, la porte s’ouvre et sans dire un mot, il s’approche du lit de la grand-mère et l’avale. Il enfile ses habits, met sa coiffe, se couche dans son lit et tire les rideaux.

Pendant ce temps, le petit Chaperon Rouge avait fait la chasse aux fleurs. Lorsque la fillette en eut tant qu’elle pouvait à peine les porter, elle se souvint soudain de sa grand-mère et reprit la route pour se rendre auprès d’elle. Elle fut très étonnée de voir la porte ouverte. Et lorsqu’elle entra dans la chambre, cela lui sembla si curieux qu’elle se dit : « Mon dieu, comme je suis craintive aujourd’hui. Et, cependant, d’habitude, je suis si contente d’être auprès de ma grand-mère ! » Elle s’écria :

- Bonjour !

Mais nulle réponse. Elle s’approcha du lit et tira les rideaux. La grand-mère y était couchée, sa coiffe tirée très bas sur son visage. Elle avait l’air bizarre.

- Oh, grand-mère, comme tu as de grandes oreilles.

- C’est pour mieux t’entendre…

- Oh ! grand-mère, comme tu as de grands yeux !

- C’est pour mieux te voir !

- Oh ! grand-mère, comme tu as de grandes mains !

- C’est pour mieux t’étreindre…

- Mais, grand-mère, comme tu as une horrible et grande bouche !

- C’est pour mieux te manger !

À peine le Loup eut-il prononcé ces mots, qu’il bondit hors du lit et avala le pauvre Petit Chaperon rouge.

Lorsque le Loup eut apaisé sa faim, il se recoucha, s’endormit et commença à ronfler bruyamment. Un chasseur passait justement devant la maison. Il se dit : « Comme cette vieille femme ronfle ! Il faut que je voie si elle a besoin de quelque chose. » Il entre dans la chambre et quand il arrive devant le lit, il voit que c’est un Loup qui y est couché.

- Ah ! c’est toi, bandit ! dit-il. Voilà bien longtemps que je te cherche…

Il se prépare à faire feu lorsque tout à coup l’idée lui vient que le Loup pourrait bien avoir avalé la grand-mère et qu’il serait peut-être encore possible de la sauver. Il ne tire pas, mais prend des ciseaux et commence à ouvrir le ventre du Loup endormi. À peine avait-il donné quelques coups de ciseaux qu’il aperçoit le Chaperon rouge. Quelques coups encore et la voilà qui sort du Loup et dit :

- Ah ! comme j’ai eu peur ! Comme il faisait sombre dans le ventre du Loup !

Et voilà que la grand-mère sort à son tour, pouvant à peine respirer. Le Petit Chaperon rouge se hâte de chercher de grosses pierres. Ils en remplissent le ventre du Loup. Lorsque celui-ci se réveilla, il voulut s’enfuir. Mais les pierres étaient si lourdes qu’il s’écrasa par terre et mourut.

Ils étaient bien contents tous les trois : le chasseur dépouilla le Loup et l’emporta chez lui. La grand-mère mangea le gâteau et but le vin que le Petit Chaperon rouge avait apportés. Elle s’en trouva toute ragaillardie. Le Petit Chaperon rouge cependant pensait : « Je ne quitterai plus jamais mon chemin pour aller me promener dans la forêt, quand ma maman me l’aura interdit. »